Canada : la fraude amoureuse, une industrie du crime organisé africain
L’arnaque en ligne, tristement célèbre, a pris une ampleur inquiétante au Canada. Derrière les courriels de fausses héritières ou les histoires d’amour virtuelles, se cache aujourd’hui une véritable industrie criminelle, structurée et hautement lucrative.
Selon une enquête de Radio-Canada, un réseau qualifié de “crime organisé africain” par les autorités canadiennes aurait généré des centaines de millions de dollars, transférés en grande partie vers l’Afrique. Les documents confidentiels obtenus — rapports d’enquête, photos, vidéos et analyses financières — montrent l’ampleur du phénomène.
“C’est un réseau tentaculaire avec des ramifications partout au Canada”, explique Karine Caron, analyste de renseignement à l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).
D’après ses estimations, plus de 200 membres de cette organisation vivent actuellement au Québec, principalement originaires de Côte d’Ivoire et du Bénin. Et chaque semaine, de nouveaux fraudeurs sont identifiés.
Le permis d’études, une porte d’entrée
Pour s’implanter au Canada, ces jeunes criminels — souvent âgés de 20 à 30 ans — utilisent le permis d’études comme couverture. Inscrits sur le papier à l’UQTR, à l’UQAC ou encore à l’UQO, beaucoup n’assistent jamais aux cours. Faute de mécanisme de contrôle systématique des présences, la faille est exploitée pour s’installer légalement au pays.
“Ils étaient déjà membres d’une organisation criminelle à l’étranger et ont profité du statut d’étudiant pour entrer au Canada”, souligne Karine Caron.
Un exemple frappant : Mamadou Berthe, un Ivoirien de 26 ans arrêté à Montréal, accusé d’avoir volé plus d’un demi-million de dollars à deux retraitées québécoises. L’enquête a révélé une vingtaine de victimes, pour un préjudice estimé à plus d’un million de dollars.
Des méthodes de plus en plus crédibles
Initialement pratiquées dans les cybercafés d’Abidjan, les techniques des fraudeurs se sont perfectionnées. Après un premier contact via Facebook ou par courriel, les victimes sont déplacées sur WhatsApp, Snapchat ou Google Chat, puis manipulées pour envoyer de l’argent.
Les pertes déclarées s’élèvent à 60 millions de dollars en 2024 pour les seules fraudes amoureuses. Mais selon les autorités, le chiffre réel pourrait dépasser 500 millions de dollars, puisque la majorité des victimes ne portent jamais plainte.
“On ne voit que la pointe de l’iceberg”, avertit Karine Caron, qui alerte sur la montée en puissance de cette “mafia africaine” solidement implantée au Canada.


















































































































































































































