Kemi Seba à N’Djamena : Une visite sous le sceau du scepticisme.
La venue de l’activiste franco-béninois Kemi Seba au Tchad, dans le cadre d’une conférence tenue au ministère des Affaires étrangères, n’a pas suscité l’engouement escompté auprès de la jeunesse tchadienne. Alors qu’il est souvent salué ailleurs comme une figure du panafricanisme radical, Kemi Seba a cette fois laissé une impression bien plus tiède — voire déroutante — auprès des jeunes qui l’ont vu ou entendu.
« Franchement, il ne nous a rien apporté de nouveau. C’était creux, on dirait qu’il est venu juste pour cocher une case », confiait un étudiant à la sortie de la rencontre. Sur les réseaux sociaux, le ton est encore plus cinglant : certains parlent d’une « activité achetée », sans substance, qui aurait davantage servi à renforcer l’image d’un homme en quête de visibilité qu’à nourrir un débat stratégique et éclairé sur l’avenir du continent.
Cette perception fait écho aux propos du sénateur Abdraman Koulamallah, qui n’a pas mâché ses mots dans une publication sur sa page Facebook. « Il est grand temps de dénoncer le panafricanisme à deux sous de certains activistes autoproclamés », écrit-il, fustigeant les contradictions entre discours enflammé contre l’Occident et maintien confortable de la nationalité française. Pour lui, cette posture frôle la mascarade : « Ces types de personnages ne m’inspirent guère. Peut-être me trompé-je, mais je les trouve d’une légèreté affligeante ».
Au-delà de la personnalité de Kemi Seba, c’est l’essence même de certaines actions dites panafricanistes qui est ici remise en cause. L’activisme qui tourne en boucle sur les réseaux, sans ancrage réel ni vision stratégique, semble de plus en plus en décalage avec les attentes d’une jeunesse lucide et exigeante.
Sur la question sensible du franc CFA, Kemi Seba se veut une voix forte. Mais à en croire les critiques, son approche relève plus de la mise en scène que d’une véritable réflexion de fond. Un sujet aussi complexe ne peut se résoudre à coups de déclarations spectaculaires. Comme le rappelle le sénateur Koulamallah, la sortie de cette monnaie coloniale ne peut venir que d’une volonté politique claire, structurée et portée collectivement par les États africains.
La visite de Kemi Seba au Tchad aura donc eu au moins une utilité : elle a permis à beaucoup de jeunes d’exprimer une exigence nouvelle envers les figures qui prétendent parler en leur nom. Moins de spectacle, plus de solutions. Moins de posture, plus d’action. Voilà peut-être le véritable signal que la jeunesse tchadienne veut envoyer.



































































































































































































































