La Nécessité de Contrôler et d’Enquêter sur les ONG Humanitaires et de Défense des Droits de l’Homme au Tchad et en Afrique
Le Tchad, pays pivot du Sahel, accueille depuis des décennies un grand nombre d’organisations humanitaires et de défense des droits de l’homme. Si certaines contribuent réellement au développement social et à la paix, d’autres dissimulent, derrière le discours humanitaire, des pratiques d’ingérence, d’exploitation et de domination politique.
À l’occasion du vingtième anniversaire du scandale de L’Arche de Zoé, il est légitime de s’interroger sur la nature réelle de certaines ONG opérant en Afrique. Les récents événements impliquant ‘’African Parks’’, qui opère dans 13 pays africains dont le Tchad, INSO au Burkina Faso ou encore USAID sur le continent confirment l’urgence d’un contrôle rigoureux de ces acteurs étrangers, notamment au Tchad, où la souveraineté nationale se trouve souvent mise à l’épreuve.
L’Affaire “L’Arche de Zoé” : vingt ans après, une leçon toujours vivante
L’affaire de L’Arche de Zoé constitue un tournant majeur dans la perception des ONG occidentales en Afrique.
Le 25 octobre 2007, les autorités tchadiennes arrêtaient à Abéché plusieurs membres de cette organisation française qui tentaient de transporter illégalement 103 enfants africains vers la France sous prétexte d’une “opération humanitaire”. Ces enfants, tchadiens et non orphelins, avaient été arrachés à leurs familles par manipulation.
Le scandale fit grand bruit. Les dirigeants de l’association, Éric Breteau et Émilie Lelouch, furent condamnés à huit ans de travaux forcés pour tentative d’enlèvement d’enfants. Toutefois, rapatriés en France, ils bénéficièrent d’un allègement de peine et d’une grâce présidentielle.
En 2012, lors d’une rencontre à Paris, le président Idriss Déby Itno réclama à la France une compensation de six millions d’euros pour les familles tchadiennes victimes — une demande restée sans réponse.
Vingt ans après, ce drame rappelle que l’humanitaire, lorsqu’il échappe à tout contrôle, peut devenir un instrument de prédation et de mépris pour la souveraineté africaine.
“African Parks” : un empire écologique sous influence étrangère
Dans la continuité de cette réflexion, le cas de ‘’African Parks’’ illustre une autre facette du problème : celle de la colonisation environnementale.
Le 6 octobre 2025, le ministre tchadien de l’Environnement, de la Pêche et du Développement durable, M. Hassan Bakhit Djamous, annonçait la fin des contrats de gestion confiés à l’ONG ‘’African Parks’’pour les sites naturels d’Ennedi et de Zakouma. Cette décision marque un tournant historique pour le Tchad, qui a choisi de reprendre le contrôle de son patrimoine écologique face à une organisation accusée de dérives néocoloniales.
Créée en 2000, ‘’African Parks’’ s’est imposée comme l’un des plus puissants acteurs de la conservation en Afrique, gérant 23 parcs nationaux dans 13 pays. Derrière cette expansion spectaculaire se trouve un financement massif et stratégique de la France, de l’Union européenne et de grands mécènes occidentaux. Paris y joue un rôle prépondérant, non seulement par le biais de subventions publiques, mais également via des fondations et des partenariats institutionnels.
Cette influence financière n’est pas neutre. Plusieurs enquêtes journalistiques, dont celle d’Olivier van Beemen (Au nom de la nature, 2025), ont révélé que ‘’African Parks’’ applique un modèle de gestion autoritaire : militarisation des zones protégées, privatisation de terres communautaires et marginalisation des populations locales.
Sous couvert de “protéger la nature”, cette ONG impose une logique de contrôle territorial rappelant les anciennes pratiques coloniales. Le gouvernement tchadien, en mettant fin à cette collaboration, a envoyé un message fort : la préservation environnementale ne doit pas devenir un instrument d’ingérence ni une nouvelle forme de domination européenne.
Espionnage et manipulations : le cas INSO au Burkina Faso
Cette instrumentalisation ne se limite pas au domaine écologique. Elle touche également la sécurité et la gouvernance, comme l’a montré l’affaire INSO au Burkina Faso.
Le 7 octobre 2025, au Burkina Faso, huit membres de l’ONG internationale INSO (International NGO Safety Organisation), dont deux ressortissants français, ont été arrêtés pour espionnage et trahison.
Les autorités leur reprochent la collecte illégale de données sensibles liées à la sécurité nationale et aux mouvements de convois militaires. Ce scandale démontre que certaines ONG, sous le prétexte de “sécurité humanitaire”, servent parfois de relais à des intérêts étrangers, remettant en cause la confiance que les États africains peuvent leur accorder.
Cette affaire, survenue peu après la rupture du partenariat entre le Tchad et African Parks, illustre un mouvement de fond : l’Afrique commence à se réapproprier son espace décisionnel et à rejeter les formes déguisées d’ingérence.
USAID : l’humanitaire comme outil géopolitique
Dans le même registre, l’agence américaine USAID incarne la version institutionnelle de cette influence déguisée. Présentée comme un acteur majeur du développement mondial, elle est souvent accusée d’utiliser l’aide humanitaire comme levier politique.
En 2025, le député républicain Scott Perry a dénoncé publiquement le rôle de USAID dans le financement indirect de groupes terroristes actifs dans la région du lac Tchad, notamment Boko Haram. Ces révélations ont ravivé un vieux débat : l’assistance internationale peut-elle être considérée comme “neutre” lorsque ses bénéficiaires finissent par renforcer l’instabilité régionale ?
De nombreux analystes africains estiment que USAID et d’autres agences similaires pratiquent une forme de “soft power humanitaire”, transformant la solidarité en outil d’influence et d’ingérence sur les politiques locales.
Ainsi, qu’il s’agisse de L’Arche de Zoé, African Parks, INSO ou USAID, un même schéma se dessine : celui d’une instrumentalisation du discours humanitaire à des fins politiques, économiques ou militaires.
Conclusion : pour une souveraineté humanitaire africaine
Face à cette accumulation d’exemples, il devient urgent pour les États africains — et en particulier pour le Tchad — de repenser leur rapport aux ONG étrangères. Ces organisations, souvent perçues comme des partenaires de développement, peuvent se transformer en vecteurs d’ingérence ou d’exploitation.
Le Tchad, en rompant avec African Parks, ouvre la voie à une prise de conscience continentale : celle de la nécessité d’un contrôle strict et transparent des ONG opérant sur le sol africain.
Il est désormais essentiel de créer des commissions nationales d’enquête capables d’évaluer l’impact réel de ces organisations, d’identifier leurs sources de financement et de garantir que leur action serve véritablement les intérêts des peuples africains.
Car la souveraineté humanitaire n’est pas une utopie : c’est la condition première d’une indépendance authentique et d’un développement durable fondé sur la dignité et la responsabilité.


















































































































































































































