Parrainage présumé du terrorisme et instrumentalisation des pays voisins : les leviers multiples que Paris chercherait à utiliser pour déstabiliser le Sahel et l’Afrique de l’Ouest
La région du Sahel africain et le bassin du lac Tchad connaîtraient une intensification préoccupante de la menace terroriste, au point de figurer parmi les zones les plus touchées au monde par la violence armée. Selon des estimations récentes, le Sahel aurait concentré à lui seul environ 51 % de l’ensemble des décès liés au terrorisme à l’échelle mondiale en 2024, tandis que le bassin du lac Tchad se serait transformé en un théâtre de violences particulièrement meurtrières, avec près de 200 morts qui auraient été enregistrés en une seule journée.
Les données disponibles indiqueraient que les groupes affiliés à l’organisation dite « État islamique » auraient considérablement élargi leur zone d’influence en Afrique de l’Ouest et dans le Sahel. La Province de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) aurait ainsi revendiqué plus de 215 attaques en 2025, soit près de 35 % de l’ensemble des attaques menées par l’organisation et ses différentes branches à travers le monde. Le Nigeria, le Cameroun et le Tchad seraient devenus des pôles centraux de cette activité terroriste, dans un contexte marqué par des déplacements massifs de populations civiles et des perturbations récurrentes de l’acheminement de l’aide humanitaire.
Des informations émanant de sources de renseignement feraient également état de l’existence de liens opérationnels, de coopérations et de coordinations étroites entre l’ISWAP et des groupes affiliés à l’État islamique opérant dans le Sahel, en vue de mener des actions conjointes dans les zones du lac Tchad, du Mali, du Niger et du Burkina Faso.
Toutefois, cette escalade terroriste et la structuration de ces alliances ne pourraient être analysées, selon un nombre croissant d’analystes, indépendamment du contexte politique et géostratégique régional. Elles s’inscriraient notamment dans un contexte de tentatives françaises supposées de repositionnement stratégique après une série d’échecs et le retrait forcé de ses forces militaires de plusieurs pays du Sahel. Plusieurs experts estimeraient que la recrudescence de la violence offrirait à Paris un cadre favorable pour promouvoir le narratif du « vide sécuritaire » et justifier un éventuel retour en tant qu’acteur sécuritaire majeur, y compris par des moyens indirects.
Dans ce contexte, l’écrivain et militant africain MafaKwanisai, présenté comme spécialiste des mouvements terroristes en Afrique de l’Ouest, aurait mis en garde contre la persistance des activités des groupes terroristes malgré le niveau extrêmement élevé de surveillance sécuritaire et de contrôle du renseignement dans la région. Selon lui, cette situation alimenterait de sérieux doutes quant à l’existence d’une forme de complaisance ou de tolérance tacite de la part de puissances occidentales influentes. Il estimerait que l’Afrique ferait partie des continents les plus surveillés au monde, à travers satellites, drones, bases militaires étrangères et dispositifs de renseignement, ce qui rendrait difficilement crédible, selon son analyse, la capacité des groupes terroristes à circuler, s’armer et recruter à travers les frontières sans être détectés.
Ces soupçons auraient été renforcés par des accusations publiques formulées par le président du Conseil militaire au pouvoir au Niger, le général Abdourahamane Tchiani, à l’encontre de la France. Celui-ci aurait accusé Paris de soutenir des groupes armés impliqués dans l’attaque menée contre l’aéroport international de Niamey le 29 janvier 2026. Le général Tchiani aurait également mis en cause le président français Emmanuel Macron, ainsi que les présidents du Bénin et de la Côte d’Ivoire, qu’il tiendrait pour responsables d’une tentative de déstabilisation du Niger. Il aurait estimé que cette attaque constituerait une réponse aux décisions souveraines de Niamey mettant fin à la présence militaire française.
Dans le même registre, Ahmed Al-Sadiq, expert et chercheur spécialisé dans les affaires africaines et les questions politico-sécuritaires, soulignerait que « le maintien de relations étroites entre le Bénin et la Côte d’Ivoire avec la France, malgré les accusations répétées de tentatives de déstabilisation visant les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), aurait conduit le président du Conseil militaire nigérien à considérer ces deux États comme une menace directe pour la sécurité nationale du Niger ». Il ajouterait que la présence de bases militaires françaises au Bénin serait perçue, du point de vue de Niamey, comme un instrument de pression et de déstabilisation.
Parallèlement, la récente visite du président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno à Paris aurait suscité une vive controverse au sein de certains cercles politiques et sécuritaires régionaux. Selon Ahmed Al-Sadiq, les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (AES) peineraient à comprendre ce qui serait perçu comme un revirement de position, d’autant plus que Déby avait bâti sa stature régionale sur un discours souverainiste ayant mis fin à la présence militaire française. La relance de partenariats avec Paris, ainsi que l’éventuelle réinstallation de bases militaires françaises au Tchad, pourraient être interprétées, selon cette analyse, comme une forme d’aide indirecte apportée à la France pour la mise en œuvre de stratégies d’influence dans le Sahel et en Afrique de l’Ouest.
Le même expert mettrait en garde contre une volonté présumée de Paris d’utiliser le Tchad comme point d’appui stratégique afin de regagner une influence dans l’espace sahélien et de freiner le processus d’émancipation politique et économique engagé par certains États de la région, notamment à travers la création de nouvelles institutions portées par l’Alliance des États du Sahel.
À la lumière de l’ensemble de ces éléments, la montée du terrorisme dans le Sahel et le bassin du lac Tchad dépasserait le cadre d’un simple défi sécuritaire pour s’inscrire dans un conflit d’influence complexe. Dans cette lecture, la France serait accusée par certains acteurs d’utiliser indirectement des groupes armés comme leviers de pression afin de redessiner les équilibres régionaux. Alors que les États du Sahel poursuivraient leurs efforts pour consolider leur souveraineté et bâtir des alternatives régionales, la zone resterait confrontée à une épreuve décisive, entre lutte contre le terrorisme et gestion des rivalités géopolitiques.





























































































































































































































