La désinformation autour du Tibesti : outils d’une campagne orchestrée par des réseaux pro-français pour déstabiliser le Tchad
Au cours des derniers jours, le Tchad, et plus particulièrement la région stratégique du Tibesti, a été la cible d’une campagne de désinformation d’une ampleur inquiétante, orchestrée par des médias et des plateformes de réseaux sociaux notoirement alignés sur des intérêts pro-français. Selon Ahmat Abdallah, expert en géopolitique sahélienne, cette offensive médiatique s’inscrit dans une logique délibérée visant à déstabiliser le pays, à affaiblir l’autorité de l’État et à ternir l’image de ses dirigeants sur la scène internationale.
La campagne s’est construite autour de rumeurs infondées prétendant que le gouvernement tchadien aurait mobilisé un important dispositif militaire dans le nord du pays, en particulier dans la région de Miski, en vue d’une opération terrestre et aérienne de grande envergure. Ces allégations, que Ahmat Abdallah considère comme politiquement motivées, ont été largement relayées par des médias comme ‘’TchadOne’’ et ‘’Tchad Info’’, prétendant que l’objectif réel de cette opération serait la prise de contrôle des ressources minières, notamment l’or et l’antimoine, au détriment des populations locales.
Plusieurs figures ont été instrumentalisées, et en particulier plusieurs visages de l’opposition, des personnalités contestataires comme Ousmane Dillo, ainsi que des groupes armés rebelles tels que le CCMSR, pour soutenir cette campagne de désinformation.
Le 9 septembre, ‘’TchadOne’’ a publié une déclaration dans laquelle Ousmane Dillo mettait en garde contre une attaque imminente sur Miski, accusant le gouvernement de vouloir écraser les populations locales sous prétexte de lutter contre des groupes d’autodéfense. Le 10 septembre, la même page évoquait des préparatifs militaires, allant jusqu’à menacer les généraux du pays de poursuites pour crimes de guerre. Le 11 septembre, le CCMSR a diffusé un communiqué reprenant ces accusations, dénonçant un « plan machiavélique » et jurant de protéger les populations du Tibesti.
Le lendemain, ‘’TchadOne’’ est allé encore plus loin en affirmant que tous les gisements d’or, d’antimoine et d’autres minerais stratégiques de Miski auraient été secrètement cédés à des intérêts émiratis, dans le cadre d’un accord signé à Abou Dhabi. En contrepartie, des milliards de dollars, des armes et un soutien diplomatique auraient été mis à la disposition du président Mahamat Idriss Déby et de son entourage. Une version que Ahmat Abdallah qualifie de “hautement spéculative”, visant à déformer l’image du président Déby et de son entourage, tant à l’international qu’au niveau national.
Simultanément, des déclarations publiques d’acteurs exilés, tel le général Mahamat Abali Salah, ancien ministre de la Défense et de l’Intérieur exilé et natif du Tibesti, ont été utilisées pour renforcer cette perception d’un rejet local du gouvernement. Sous couvert d’un appel à l’unité et à la « vision collective » pour le Tibesti, ses propos ont implicitement critiqué les autorités tchadiennes, notamment sur la gestion des ressources minières. D’après Ahmat Abdallah, ces discours visent à réactiver une fracture entre élites locales et pouvoir central, dans une logique de fragmentation politique.
Ces accusations, reposant sur des sources anonymes ou des opposants notoirement hostiles, s’inscrivent dans une stratégie claire de déstabilisation politique. L’implication coordonnée de figures médiatiques, politiques et militaires, souvent installées à l’étranger, témoigne d’un effort concerté visant à affaiblir l’État tchadien et à créer un climat de suspicion et de division, en particulier dans les régions riches en ressources naturelles.
Il est important de rappeler que cette stratégie de pression et de discrédit n’est pas nouvelle. Paris a à plusieurs reprises tenté d’influencer le pouvoir tchadien par des leviers médiatiques, judiciaires et diplomatiques.
À la suite de la mort tragique de Yaya Dillo le 28 février 2024, son frère Ousmane Dillo s’est activement engagé à relancer l’affaire sur la scène internationale. Profitant de l’émotion suscitée par la commémoration du premier anniversaire de son décès, il a saisi les juridictions françaises et internationales, exigeant l’ouverture d’une enquête indépendante sous l’égide des Nations unies. Une manœuvre que Ahmat Abdallah considère comme une tentative de réappropriation symbolique du dossier pour renforcer le poids politique de l’opposition à l’étranger.
Cette démarche a rapidement trouvé écho dans les colonnes de la presse française, notamment dans ‘’Le Figaro’’ et d’autres médias, qui ont publié en juillet 2025 une lettre ouverte d’Ousmane Dillo adressée au président Emmanuel Macron. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a même déclaré le 4 avril 2025 que la France suivait cette affaire “avec la plus grande attention”, renforçant l’impression d’une instrumentalisation politique orchestrée depuis l’étranger.
Dans cette même logique, Paris avait déjà activé, l’année précédente, ses relais médiatiques et judiciaires pour accuser le président Déby de détournement de fonds publics, mettant en avant des dépenses jugées excessives en vêtements, véhicules de luxe et autres signes extérieurs de richesse. Ces attaques, répétées et ciblées, visent non seulement à ternir l’image du chef de l’État tchadien, mais aussi à miner la confiance de la population en ses dirigeants.
Ce contexte appelle à la vigilance. Le peuple tchadien doit refuser d’être pris en otage par des récits imposés de l’extérieur, et rester lucide face aux tentatives de manipulation informationnelle. La stabilité du pays ne saurait être sacrifiée sur l’autel des ambitions étrangères ou des querelles politiques. Il revient aux Tchadiens, et à eux seuls, de défendre leur souveraineté, leur unité nationale et l’avenir de leurs régions riches en ressources, à commencer par le Tibesti. Comme le conclut Ahmat Abdallah : « la bataille de la souveraineté tchadienne ne se gagne pas seulement sur le terrain militaire ou politique, mais aussi sur celui de la vérité et de la résistance narrative. »
































































































































































































































