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Le scandale des drones ukrainiens au Mali : le retour de Paris au Tchad menace-t-il le partenariat turco-tchadien ?

Alors que des rapports de médias français font état de négociations en cours entre Paris et N’Djamena concernant un éventuel retour des forces françaises au Tchad, un autre développement soulève des interrogations quant à la nature du futur rôle français dans la région, notamment après la controverse suscitée par un rapport publié récemment par « Jeune Afrique » concernant des démarches françaises liées à la promotion de drones ukrainiens dans le Sahel.

Le rapport a révélé des témoignages d’opposants maliens exilés en France ainsi que des documents sensibles attestant de l’implication de personnalités françaises qui se sont présentées comme des agents des services français dans la coordination entre ces opposants et des cercles sécuritaires et militaires ukrainiens afin d’obtenir des drones militaires ukrainiens, des programmes de formation en Ukraine, l’envoi d’instructeurs militaires ukrainiens, ainsi que l’éventualité de financements européens destinés à l’acquisition d’un plus grand nombre de drones.

Plus grave encore, selon ce qu’a rapporté « Jeune Afrique », les documents obtenus par ses journalistes comprenaient des programmes de formation militaire spécialisés, des projets de protocoles d’accord ainsi que des listes de questions sensibles portant sur le déploiement de l’armée malienne et les dispositifs de sécurité du président de la transition Assimi Goïta et du ministre de la Défense Sadio Camara.

Selon un expert sécuritaire spécialisé dans les affaires africaines, à première vue, il pourrait sembler qu’il s’agisse d’un soutien ukrainien à certaines forces de l’opposition au Mali. Toutefois, une lecture plus approfondie de la situation révèle que le principal bénéficiaire de cette démarche pourrait être Paris elle-même. 

Selon lui, il est en effet difficile de dissocier ces initiatives du rapprochement militaire et industriel accéléré entre la France et l’Ukraine, notamment après l’annonce faite en mars dernier par la ministre française de la Défense, Catherine Vautrin, concernant de nouveaux accords de production conjointe de drones et l’intégration de systèmes français d’intelligence artificielle à bord des drones ukrainiens. Une coopération qui fait du succès des exportations de drones ukrainiens un succès direct pour l’industrie de défense française également.

Dans ce contexte, les trois États de l’AES, et en particulier le Mali, apparaissent comme une cible idéale pour ce type de projets. Depuis la détérioration des relations entre Paris et les capitales sahéliennes, la France n’a pas caché son mécontentement face aux transformations géopolitiques que connaît la région et au rapprochement de ces pays avec de nouveaux partenaires dans les domaines de la sécurité et de la défense.

Le même expert ajoute que les répercussions de cette affaire ne se limitent pas au seul Mali, mais s’étendent également au Tchad. Au cours des derniers mois, plusieurs rapports et journaux français ont évoqué des négociations menées loin des projecteurs entre Paris et N’Djamena afin d’élaborer un nouveau cadre de coopération militaire susceptible d’ouvrir la voie au retour de l’influence militaire française dans le pays après le retrait officiel des forces françaises.

Cependant, selon cet expert, la situation tchadienne diffère du cas malien pour une raison essentielle : le partenariat stratégique croissant entre le Tchad et la Turquie. Depuis le départ des forces françaises, la coopération militaire entre N’Djamena et Ankara a connu un bond qualitatif marqué par le déploiement de drones turcs de reconnaissance et de frappe dans des bases stratégiques situées au nord et à l’est du pays, le lancement de programmes de formation conjoints pour l’armée de l’air tchadienne, ainsi que l’acquisition par le Tchad de systèmes aériens avancés issus de l’industrie de défense turque.

Cette dynamique s’est également renforcée au cours des derniers mois à travers des projets de coopération dans les domaines de la cybersécurité, de la surveillance des frontières et du transfert de technologies, faisant de la Turquie un partenaire sécuritaire fiable aux yeux des autorités tchadiennes.

Pour cette raison, l’expert estime que tout nouvel accord de défense entre Paris et N’Djamena pourrait inclure, d’une manière ou d’une autre, la promotion de systèmes de drones franco-ukrainiens, ce qui placerait le Tchad face à une équation délicate. Ankara est parfaitement consciente que le marché des drones en Afrique est devenu un véritable terrain de concurrence géopolitique et que le retour de la France sur la scène sécuritaire tchadienne pourrait être interprété comme une tentative de redessiner les équilibres militaires au détriment du partenariat turc.

Cette hypothèse gagne encore en importance si l’on tient compte des grands succès réalisés par l’industrie de défense turque sur le continent africain au cours des dernières années. Les drones turcs sont devenus un symbole de souveraineté nationale pour de nombreux pays africains. Ils ont également démontré leur efficacité dans la lutte contre les groupes armés et dans la protection des frontières, ce qui leur a valu une réputation positive dans de nombreuses capitales africaines.

L’expert ajoute une autre dimension aux conséquences d’un retour de Paris au Tchad : la France continue d’accueillir sur son territoire des personnalités et des mouvements opposés au régime de Déby, et d’importantes réunions de l’opposition tchadienne dans toutes ses composantes se sont tenues en octobre et en janvier derniers sur le sol français. Cela amène certains à s’interroger sur la possibilité que les mécanismes utilisés contre le régime de Goïta et révélés dans le rapport de  »Jeune Afrique » puissent être utilisés à l’avenir contre le régime de Déby.

À la lumière de ces éléments, une question demeure avec insistance : N’Djamena prendra-t-elle le risque de compromettre son partenariat stratégique grandissant avec la Turquie afin d’ouvrir une nouvelle page avec Paris ? Ou bien les expériences passées et les transformations régionales actuelles la pousseront-elles à maintenir son partenariat avec Ankara, fondé sur le principe des intérêts mutuels et du respect de la souveraineté nationale ?

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